INTERIEUR-EXTERIEUR
Grande-Synthe- Fort-Mardyck
Catherine Rannou
21 septembre 2019

Je sors des serres, le parfum de jardin s’estompe et fait place à celles des fumées, d’oeuf pourri parfois, d’impression de fuites de gaz.
Au bout de trois jours passés à dormir dans mon van j’ai des maux de têtes le matin. Cela se dissipe ensuite au fil de la journée. J’ai d’abord pensé que c’était ma bouteille de gaz qui était mal connectée à mes brûleurs de cuisson. Mais tout était nickel. C’est sûrement le fait de ne pas ouvrir les fenêtres du camion la nuit par sécurité, et d’être ainsi confinée.
Samuel chef de projet qualité de l’air, à la communauté urbaine de Dunkerque m’expliquait que son travail était d’inciter les gens à ouvrir les fenêtres de leurs maisons plutôt qu’à les fermer pour aérer, même si l’air extérieur est mauvais. Il vaut mieux que l’air circule plutôt qu’il ne soit confiné. Je l’ai testé à mon échelle, cela marche.

Dehors les jardins familiaux sont remplis de bruissements de pas, de binettes qui effleurent la terre, de bruits de moteurs de tailles haies, d’arrosoirs qui se remplissent, ou d’arrosages automatiques.
J’ai fait connaissance avec un jardinier d’origine algérienne, qui me donnera des graines « de haricots d’Espagne aux belles fleurs rouges » à planter l’année prochaine chez moi. Une fois de plus il m’a directement parlé en arabe. Mon physique de femme bretonne semble souvent se prêter à ce petit jeux que j’aime bien. Des amis iraniens m’avaient également assimilée à une des leurs. Mes enfants à la naissance avaient un physique asiatique, et on me demandait souvent si le père était asiatique. Il est tourangeau et moi bretonne. Il n’y a qu’en Bretagne que l’on ne me pose pas la question. Un sentiment d’appartenance à un ailleurs aussi. Comme quand mes ancêtres quittaient la campagne pour la ville, quittaient la mer et le port pour le bureau d’un immeuble parisien. On a appelé cela l’exode rurale.